Maxime : "non mais Laure, tu peux pas arrêter de changer de mode toutes les trente secondes
?"
Ce que j'aurais répondu si j'avais eu du répondant : (oooh le joli petit polyptote !)
:
"Pas là, non. Vois-tu, les gens ont besoin de mettre les autres dans des petites cases avec une jolie étiquette dessus. Parfois, il est difficile de mettre un nom sur
l'étiquette, mais en général, ils s'accordent pour un trait de la personnalité particulièrement saillant. On va donc avoir des petites cases arborant le nom de "chieuse", "marrant", "gros lourd",
"intello", "séductrice", "gentil mais un peu con". Parfois les étiquettes sont nuancées "chic type avec les femmes mais gros bâtard avec ses collègues", "femme de caractère soumise au
pieu"...
Pour ne pas trop changer la tendance,
et pour éviter l'étiquette-dont l'inscription est fort souvent indélébile- j'ai décidé de m'approprier le concept du "mode", sorte de pseudo MSN changeant au gré des humeurs, qui ne
perturbe pas ton identité-sinon on s'y perdrait-mais qui autorise chacun à se mouvoir au gré de son envie, dans une sorte de liberté toute-puissante.
Car l'étiquette asservit l'homme, mes petits amis.
Démonstration :
Imaginons une conversation entre deux commères déblatérant leurs commentaires sur le meurtre de la femme de Poupouf (pourquoi pas ? Je donne les noms que je veux.) par i-celui.
"je ne le comprends pas, Poupouf, il était pourtant si tendre avec sa femme, un vrai nounours, une peluche, je te dis... Ouais, il l'a balancée du haut du 3e étage. C'est fou, je l'aurais jamais
cru !"
Ben évidemment nouillasse, tes yeux sont restés rivés sur l'étiquette toute puissante : poupouf = gentil gros coq en pâte. Si le concept de "mode" avait existé avant, si Poupouf avait pu
deux secondes avant d'empoigner sa grognasse de femme (car je l'imagine avec une grognasse de femme qui avait mérité de se faire balancer par la fenêtre, peut-être juste parce qu'elle n'avait pas
su déceler chez Poupouf l'étincelle de rage folle dans ses yeux au moment où il éjaculait en elle, et qu'elle l'avait réduit à la bonne pâte tranquille qu'il n'était qu'en surface), je disais, si
Poupouf avait pu deux secondes avant de la balancer, hurler au monde qu'il était en mode "violent", alors toutes les commères auraient été rassurées, et on se serait dit :"d'accord, Poupouf est une
bonne pâte, mais des fois, il est violent."
Là je pointe du doigt la limite du concept de "mode". Le mode n'est qu'une sorte d'ajout à l'étiquette. Moi par exemple, je serai toujours la petite femme sage,
et si je pète un câble de temps en temps, on mettra ça sur le compte du Ca qui doit quand même des fois bousiller le Sur-Moi à coup de tronçonneuse électrique, pour montrer que, quand même, il
existe, bordel de merde, et qu'il a droit à l'expression au même titre que le Moi.
Ce qu'il y a de bien-ou de pervers- avec le "mode"; c'est qu'il est par essence éphémère, et donc, rassurant : "ça va lui passer". On mettra donc les désirs de folie au rang de la chose
sans conséquence, parce que passagère.
En revanche, lorsqu'on commence, comme moi, à accumuler les modes, à en changer toutes les trente secondes, on affirme certes sa liberté, mais on pointe aussi du doigt l'imprécis contour de la
personnalité qui change, et dont on a du mal à dégager une ligne directrice. Les "modes" ne remettent jamais en question le "moi", ils sont en quelque sorte un ajout, un prolongement, un petit truc
déviant dont on n'arrive pas à déterminer l'origine mais qui demeure en contradiction totale avec ce qu'on croit être.
Si vous n'avez pas décroché jusque
là, je ne vous invite pas à poursuivre, parce qu'après tout, vous êtes absolument libres de me dire "fuck" et de vaquer à vos occupations, qui sont certainement fort intéressantes, mais je vous dit
quand même que ça m'a fait plaisir que vous ayez tenu jusque là sans vous arracher les cheveux.
Si je vous raconte tout ça, ce n'est pas parce que ça m'amuse de déblatérer une masse informe d'idées qui peinent à trouver un mode d'expression cohérent, c'est d'une part parce que je m'ennuie
(mais ça vous n'êtes pas censés le savoir), d'autre part parce que récemment, j'ai été indignée par la remarque de mon chef d'Action Contre la Faim à mon égard.
Alllezzzz, je me fais plais' (après tout, c'est mon blog, je choisis les sujets que je veux traîter, et si yen a qui boudent, qu'ils boudent. Non mais.)
Mon cher chef, qui trouvait que je n'étais guère suffisamment rentable (allez savoir pourquoi, l'animal s'était mis dans la tête que j'étais capable de faire adhérer toute la population lyonnaise à
la noble cause d'Action Contre la Faim !) a essayé de comprendre la CAUSE de mon relatif échec. Après m'avoir observée, puis prise à part pour une "simulation" où il faisait semblant d'être un
passant dans la rue, et moi, ben je jouais le rôle de moi. S'est ensuivi de cette étrange confrontation la conclusion suivante : je n'étais pas
naturelle avec le mec que j'abordais.
"Laure, franchement, tu joues un rôle, là, ca va pas du tout, honnêtement, tu n'es pas la Laure que je connais !"
Bon, là, sois tu pointes du doigt l'absurdité de sa pensée, étant donné que j'ai du mal moi-même à déterminer qui est Laure, qui se cache sous ce foutu prénom, et que c'est certainement pas un type
qui me connaît depuis une semaine qui aura su le déterminer avec suffisamment de justesse, soit, option que je n'ai pas retenue, tu essaies tant bien que mal lui expliquer le concept des "modes".
Avec lui, j'étais en mode "pucelle effarouchée" malgré moi, pour des raisons que je ne vais pas détailler car cela m'emmènerait trop loin de mon propos, avec les gens dans la rue, en mode "j'aime
les gens, et on va vivre dans Bisounours Land si vous me filez des thunes pour cette asso qui déchire".
Voilà. C'est fait. Je ne sais plus où je voulais en venir. On a qu'à dire que cette fin est
bien, non ? Et que je suis en mode "inachevé".